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Comment se débarrasser des pigeons ?

09 Nov.

Comment les villes gèrent-elles la prolifération des pigeons ? Depuis le début du XIXe siècle, en France, plusieurs méthodes sont apparues. Le pigeon a commencé à proliférer et les collectivités ont pris en charge cette prolifération via l’utilisation de divers procédés. Un siècle a passé depuis et il est temps de se demander comment se débarrasser des pigeons ?

Se débarrasser des pigeons : quelles méthodes ?

Pour se débarrasser des pigeons, l’Homme a créé plusieurs méthodes à travers le temps. On trouve la capture par cages, le tir avec filet et le tir avec armes. Ces méthodes ont par contre fortement évolué avec les années à la fois par leurs technicités et leurs équipements. Ces façons de se débarrasser des pigeons sont parfois décriées, parfois encensées, mais sont majoritairement utilisées dans le monde entier.

La cage de capture

Les cages de capture pour pigeons, sont des dispositifs conçus pour attraper des pigeons vivants. Les pigeons étaient chassés pour leur viande, leurs plumes et même pour être utilisés comme messagers dans certaines cultures anciennes. Les premières formes de cages étaient rudimentaires, fabriquées à partir de matériaux disponibles localement tels que le bois et le filet. Au fil du temps, ces cages de capture se sont développées et ont été améliorées pour être plus « efficaces ». De nos jours, elles sont également utilisées pour contrôler et donc se débarrasser des pigeons dans certaines zones urbaines. Les cages de capture sont disponibles dans de nombreuses formes et tailles différentes : en bois, métal ou encore plastique.

Le tir au filet appelé aussi le canon-filet

Le canon-filet ou « canon à filet », est un dispositif utilisé pour capturer des pigeons, en propulsant un filet sur eux. L’origine de cette méthode remonte au XIXe siècle en Europe. Le canon-filet a été inventé par un Français du nom de Louis-Guillaume Perreaux en 1808. Il a breveté sa création en France. Ce dispositif ressemble à un tube métallique chargé avec un filet et un mécanisme de propulsion. Pour se débarrasser des pigeons, le filet est projeté dans les airs à l’aide d’une charge de poudre noire. L’utilisation du canon-filet pour la chasse et la capture d’oiseaux a été réglementée dans de nombreuses régions. Son utilisation est régulièrement critiquée à cause des conséquences sur le bien-être des oiseaux.

Tir avec armes

Le tir avec des armes sur les pigeons biset remonte à de nombreuses décennies, voire des siècles. Les pigeons biset étaient chassés pour diverses raisons : viande, plumes et parfois pour le sport ou le divertissement. Dans l’Antiquité, les pigeons biset ont été chassés pour leur viande principalement. Leur chair était considérée comme une source de nourriture abordable et facilement accessible. De nos jours cette méthode, qui a pour but de se débarrasser des pigeons biset est réglementée. Les réglementations varient d’un pays à l’autre, restant toujours encadrée par les autorités de la faune et de la chasse.

En conclusion, ces trois méthodes sont aujourd’hui les moyens les plus répandues de se débarrasser des pigeons biset. Des évolutions techniques et technologiques ont avec le temps améliorer « l’efficacité ».

Il est important également de prendre en compte que toutes ces méthodes sont très strictement encadrées. La responsabilité du bien-être animal y est donc forte. Malheureusement, le respect du volatile n’est pas « toujours » la priorité, préférant la quantité à la qualité.

Cage de capture pour pigeons avec appelants
DDM/Xavier DE FENOYL
Tir au filet avec pigeons captifs
©HermantBapt/PAZ

Cage de capture, filet ou tir : est-ce « vraiment » efficace ?

Ethologie du Columba livia ou le pigeon biset

Avant de comprendre pourquoi il faut nuancer l’efficacité de ces méthodes, il faut comprendre ce qu’est réellement un pigeon, son évolution démographique et sociologique dans notre société : Le pigeon biset est une « proie naturelle ». Plus précisément selon le concept « d’équilibre prédateurs-proies », le pigeon biset n’a quasiment plus aucun prédateur, en ville. La conséquence est que depuis l’explosion démographique de nos villes durant l’Ere Industrielle, le pigeon dit biset s’est développé en sécurité dans nos infrastructures, à l’abri de nos édifices et accompagnés par nos déchets. Dans le même temps, les prédateurs du pigeon comme les rapaces, les martres ou les fouines, ont « quitté » nos villes.

Le pigeon biset étant donc une « proie naturelle », son seul objectif est la survie. Techniquement, la survie passe par trois grandes bases essentielles similaires à toutes les espèces :

L’accès à la nourriture

De fait, physiologiquement prioritaire et très accessible de part notre organisation sociétale. Les pigeons peuvent se nourrir via le nourrissage sauvage passif (déchets involontaire) ou actif (nourritures pour chats, graines, pains, …). Notre civilisation ayant un excédant de déchets alimentaires est parfait pour le développement des niches écologiques.

Accès à de l’eau

L’accès à de l’eau est également très simple pour les pigeons. Mais très globalement, un pigeon aura facilement accès à une gouttière, une fontaine, un étang, une rivière, … Là encore, notre civilisation et son développement architectural permet au pigeon de se développer avec facilité.

Accès à un lieu sécurisé favorisant la reproduction

Cette partie étant plus complexe même si les pigeons sont extrêmement patients pour trouver le lieu parfait. A savoir qu’une niche écologique va se développer dans la limite de la taille maximale de l’espace disponible. Les pigeons vont se développer selon une masse critique équivalente à la taille du lieu qui est colonisé. En cas de surpopulation, des pigeons quitteront la niche écologique pour en chercher ou créer une nouvelle.

Selon l’éthologie, si la niche écologique subit un risque d’extinction son taux de reproduction passera de 30% à environ 60% (en moyenne). La destruction d’une niche écologique va générer donc, par défaut, plus de naissances. Mathématiquement, une surexposition de la reproduction va engendrer toujours plus de pigeons sur les secteurs où les cages perdurent. De plus, la disponibilité au sein de la niche écologique peut attirer d’autres pigeons potentiellement reproducteur.

A noter, que cette notion de sur-reproduction dans les espèces est observable chez tous les êtres vivants. Même nous, mammifères, avons cette notion de survie. Il suffit de le vérifier après toutes les guerres ou toutes les pandémies, notre démographie augmentera toujours. En effet, l’instinct de conservation ressort de plusieurs études scientifique : Théorie de Lorenz ou La Théorie de l’Instinct. Ce dernier mis en lumière par Jean-Sébastien BOLDUC précise, par exemple, que :

De façon générale, l’instinct primitif joue deux rôles distincts dans le système de Hermann Samuel Reimarus. D’une part, le fait que les animaux possèdent les instincts-industrieux leur permettant de survivre et de se reproduire témoigne directement de leur perfection dans l’ordre de la nature. La déclinaison de l’argument du dessein est évidente quand Reimarus souligne que le nombre d’individus d’une espèce demeure toujours proportionnel à celui de telle ou telle autre espèce. L’instinct primitif joue un rôle essentiel dans cet ordre.

Jean-Sébastien Bolduc – Docteur en Philosophie CGC- UMR 5605 – UB

Se débarrasser des pigeons : les conséquences démographiques

Les conséquences démographiques du fait de se débarrasser des pigeons sont simples comme nous l’expliquions précédemment. L’utilisation de méthodes invasives sur un secteur donné aura pour conséquence à court terme de réduire la population, parfois drastiquement. Cette réduction a des conséquences démographiques et pas nécessairement dans le sens qu’on peut imaginer. Un calcul mathématique pourrait expliciter la compréhension de cette analyse.

Calcul de l’évolution d’une niche écologique, sans méthodes invasives

Prenons une niche écologique standard où nous estimons la présence de 100 pigeons (50% de mâles et 50% de femelles). Le taux de reproduction standard d’une niche écologique se situe, par défaut à 30% de ses résidents. Une femelle donnera naissance, en moyenne, à 4 couvées par an soit 8 pigeonneaux (taux de mortalité d’environ 50%). Les pigeonneaux pourront se reproduire, en moyenne, au bout de 6 mois de vie. De plus, une colonie de pigeon perd naturellement environ 10% de ses résidents à cause des morts naturelles, maladies, accidents, …

X = Nombre de pigeons à l’année N ; Y = Taille de la niche écologique actuelle ; n = Année

Méthode de calcul possible : X(n) = ((((Y/2)*30%)*4)+(((Y/2)*30%)*4)+(Y/2))-(Y*10%)

Calcul de l’évolution d’une niche écologique, avec méthodes invasives

Prenons la niche écologique précédente avec le risque d’augmentation du taux de reproduction : Taux de reproduction +50%. La niche écologique subit un taux de capture/destruction important soit 60% de ses résidents, sur 12 mois glissants :

X = Nombre de pigeons à l’année N ; Y = Taille de la niche écologique actuelle ; n = Année

Méthode de calcul possible : X(n)=((((((Y/2)*50%)*4)+(((Y/2)*50%)*4)+(Y/2))-(Y*10%)))-(Y*60%)

Résultats

Les résultats sont très significatifs. De plus, à savoir que nous incluons ici une mortalité très élevée des pigeonneaux (50%) . En réalité, la mortalité oscille en province entre 20% et 30% ; 50% étant en majorité les grandes agglomérations. Par conséquent, une niche écologique compensera la perte de ses individus voir pourra même croitre plus vite. Ne pas oublier qu’en parallèle d’autres pigeons peuvent s’installer, « La Nature a horreur du vide » – Aristote.

Année 0Année 1Année 2Année 3Année 4Année 5Année 6
Sans méthodes invasives1001602564106551.0491.678
Avec méthodes invasives1001803245831.0501.8903.401
Evolution par année+0%+12,50%+26,56%+42,38%+60,18%+80,20%+102,73%

Ces résultats sont aussi variable de part un principe immuable qu’est la Nature, nous travaillons sur le vivant et sur ses conséquences à long terme. Par conséquent, une part de ces résultats ne peuvent être anticipée, estimée ou calculée à cause justement du caractère imprévisible. Des évènements divers qui peuvent ajuster une variable mathématique.


En conclusion

La capture par cages, le canon-filets ou le tir n’ont donc pas d’utilité d’un point de vu régulation. Au contraire, les conséquences démographiques sont d’ailleurs paradoxalement en défaveur de ces pratiques et auront la finalité de favoriser l’expansion des pigeons sur une collectivité. L’utilisation de la cage de capture, du canon-filets ou du tir ne vont permettre qu’une réduction de la population à court terme et n’est donc pas une solution pour réguler la population, sur le long terme. Une niche écologique pourra donc subir une décroissance temporaire sans jamais être endigué par des actions invasives.